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Entretien

 


crédits : BFP


John Truby

Ce script doctor américain s'est forgé grâce à sa Master Class une réputation de gourou du scénario. Il répond aux questions de 1001scenaristes.com.

Vous vous posez en adversaire de la théorie de la structure en 3 actes, que vous considérez comme rigide et dangereuse. Mais votre théorie des 7 points-clés et des 22 étapes n'est-elle pas une « recette » de plus ? En quoi votre méthode est-elle différente ?

Je crois qu'il est essentiel pour les scénaristes d'aller au-delà de la simpliste structure en 3 actes s'ils veulent écrire à un niveau professionnel.

Ce dont la plupart des scénaristes n'ont pas conscience, c'est que la structure en 3 actes n'existe pas vraiment, elle est totalement arbitraire. Il n'y a pas de coupure entre les actes dans un scénario. Cette coupure a été imposée de l'extérieur, il s'agit d'une réminiscence du théâtre où l'on est tenu d'ouvrir et de fermer un rideau. Les films étant bien plus fluides, il n'est pas du tout justifié de les enfermer dans un moule rigide et artificiel.

Cette structure en 3 actes a eu pour résultat que des milliers de personnes ont été formées à écrire des scenarii génériques, superficiels, voués à l'échec. Et les scénaristes, qui s'en veulent au lieu de blâmer la mauvaise méthode utilisée, finissent par abandonner par frustration. Selon moi, la structure en 3 actes est faite pour les scénaristes débutants, par pour les professionnels.

Les 7 points-clés et les 22 étapes sont fondamentalement différentes des 3 actes. Elles sont organiques et non mécaniques. Elles ne sont pas imposées de l'extérieur. Les 7 points-clés sont les bases de toute histoire, indépendamment du support ou du genre. Même une publicité de 30 secondes comprendra ces 7 points s'il s'agit d'une bonne publicité.

A la différence des 3 actes, ces 7 étapes se retrouvent dans toutes les histoires, si bien que le travail du scénariste est de les repérer et de les utiliser au mieux pour faire passer son message. Pourquoi ces étapes en particulier et pourquoi ont-elles un tel impact sur le public ? Parce qu'il s'agit des étapes auxquelles nous sommes tous confrontés lorsque nous devons résoudre un problème de l'existence.

Autre raison pour laquelle ces 7 points ne constituent pas une recette : elles ne contraignent pas l'auteur à fournir un contenu spécifique. Ces 7 points et 22 étapes - tels que le besoin, le désir, la révélation, etc. - sont formels. En d'autres termes, il s'agit d'étapes que tout personnage aura à traverser dans son développement, au fur et à mesure qu'il progresse dans une intrigue. Ainsi, ces étapes vont bien plus en profondeur que n'importe quelle autre méthode. Elles ne sont rien moins qu'une grammaire du drame que tout scénariste se doit de connaître, pour travailler du mieux possible.


Pour vous, le personnage doit être le moteur de l'action, et non ballotté par elle. Mais la vie ne nous ballotte-t-elle pas bien souvent ? Si le lecteur/spectateur doit avant tout se reconnaître dans une histoire, ne faut-il pas qu'elle lui parle aussi de ça ?

Cette phrase est souvent mal interprétée. Un héros qui mène l'intrigue n'est pas forcément un héros qui fait toutes les démarches pour réussir. Seul un personnage extrêmement centré sur l'action le fait. Et l'histoire qui en découle est souvent médiocre car cela signifie que les forces opposantes font peu pour faire perdre son équilibre au héros. Résultat : pas de conflit et un drame de qualité médiocre.

Faire en sorte que le héros mène l'intrigue signifie que l'intrigue vient de la faiblesse et des besoins du héros. De cette façon, les actions de surface du héros, lorsqu'il poursuit son but, conduisent en fin de compte à une modification de caractère s'opérant profondément en lui. Si le scénariste ne fait pas ce lien entre personnage et intrigue et ne donne pas à l'intrigue des impulsions qui vont au final forcer le personnage à changer, l'histoire n'a pas de signification profonde pour le public.

Dans une bonne histoire, l'adversaire va, d'une façon ou d'une autre « bousculer » le héros. En fait, plus il le fera et mieux ce sera. C'est ce qui construit le conflit et force le héros à creuser plus profondément pour réparer sa « grande faiblesse », celle qui l'empêche d'aller vers sa véritable vie.


D'après votre expérience de script doctor, quelles sont les erreurs les plus souvent commises dans l'écriture d'un scénario ? Comment intervenez-vous pour les corriger ?

Erreur n°1: L'idée de l'histoire n'est pas originale.
Erreur n°2 : Les scénaristes ont souvent recours à un genre non adapté pour développer leur idée, ou alors ils imposent à leur idée les rythmes pré-déterminés du genre au lieu de trouver des événements spécifiques à l'idée.
Erreur n°3 : Ils pensent que pour écrire un script qui marche, il suffit de trouver LE principe d'un bon concept. Mais ils ignorent comment développer ce principe à partir des deux ou trois scènes suggérées par ce concept pour en faire un script de 100 pages.
Erreur n°4 : Ils ne savent pas comment rattacher l'histoire aux 7 principales étapes de l'histoire, l'intrigue n'arrive donc pas à se dégager du personnage et le personnage principal ne change pas.
Erreur n°5 : Ils construisent un héros qui est un individu isolé et qui présente une liste de traits de caractère superficiels au lieu de faire partie du réseau de personnages, chacun étant structuré différemment des autres.
Erreur n°6 : Ils essaient de créer leur intrigue en utilisant une structure en 3 actes, ce qui ne fonctionne pas et qui est responsable de faiblesses en milieu d'histoire, au lieu d'utiliser les 22 étapes de toute grande histoire qui bâtissent une intrigue progressant sans à-coups du début à la fin.
Erreur n°7 : Ils n'arrivent pas à donner de faiblesse morale ainsi qu'émotionnelle à leur héros au début de l'histoire.
Erreur n°8 : Ils ne savent pas comment créer un univers autour de l'histoire et comment le relier au héros.
Erreur n°9 : Ils pensent que l'histoire est portée par les dialogues, ou alors ils obligent les dialogues à faire le travail que devrait faire la structure.
Erreur n°10 : Ils ignorent que la réécriture est un ensemble de savoir-faire. Il réécrivent alors dans le mauvais ordre, et leur deuxième version est encore pire que la première.

Aucune de ces erreurs n'est facile à corriger. Les surmonter exige une bonne maîtrise de la structure de l'histoire et la mise en oeuvre d'une méthode d'écriture professionnelle et détaillée. C'est ce que j'enseigne dans mon séminaire de 3 jours.


Comment voyez-vous l'avenir pour les raconteurs d'histoires avec le développement des nouveaux supports (Internet, jeux vidéo, téléphone mobile...) ? Doivent-ils repenser leur façon de concevoir les histoires ?

Absolument. L'une des plus graves erreurs des sociétés de divertissement a été de prendre des histoires de films et de les « reprogrammer » pour en faire des jeux vidéos, des jeux Internet et autres. Ca ne marche pas car ce ne sont pas seulement des formes de distribution différentes. Ce sont aussi des supports d'histoires totalement différents.

Les scénaristes doivent fournir de nouvelles histoires adaptées à chaque nouveau support. Je n'ai pas pour objectif de dire aux scénaristes comment écrire de bonnes histoires uniquement pour le cinéma ou la télévision. Mon but est d'aider les scénaristes à devenir des maîtres dans la manière de raconter une histoire afin qu'ils puissent écrire correctement pour tous les supports de leur choix, notamment les nouveaux supports qui vont les aider à innover.



Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Aurore Vala


Arnaud Claes
(Mai 2008)
  
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